Association Rèpublicaine Irunaise
"Nicolás Guerendiain"
La défense des valeurs républicaines et la récupération de la mémoire historique

MARCELO USABIAGA: Ainsi fut la bataille d'Irun...

Marcelo Usabiaga, le 14 avril à Irun

Marcelo Usabiaga, le 14 avril à Irun

RODRIGUEZ, MIKEL: Marcelo Usabiaga: Ainsi fut la bataille d'Irun Historia 16 nº362 (juin 2006), pages 72 à 85

Lors du déclenchement de la Guerre Civile, Marcelo Usabiaga était un jeune communiste irunais, secrétaire du Syndicat des Métiers Divers. A la fin de la guerre, el portait les galons de Lieutenant et commandait une batterie de DCA motorisée à Valence. Dénoncé, lors de son procès, le Procureur sollicita la peine de mort. Ce témoin privilégié des événements qui eurent lieu en ces années là se rappelle pour "HISTORIA 16" cet été de 1936:

“Je suis né à Ordicia, par hasard certainement, car mes parents vivaient à Bayonne. Mon père conduisait un camion qui faisait du transport entre Saint Sébastien et Bayonne pendant la Grande Guerre (1914/1918) et moi je suis né en 1916. A l'époque paraît-il, je parle par le biais de réfèrences familiales, un sousmarin allemand avait lancé une torpille ou un projectile sur une usine de poudre et il y eut une grande explosion. Le panique à Bayonne fut telle que les gens prirent la fuite. Et ma mère, enceinte, fut embarquée dans le camion par mon père el enmenée à Ordicia où je naquis.

Dans ma famille on était républicain, dès mon plus jeune âge je n'ai entendu chez moi d'autres mots que République, République la República...Mon parrain, cousin germain de mon père, avait été Député du Front Populaire pour le Guipuzkoa, el fut aussi, je crois, Ministre de l'Agriculture, el était propiétaire du journal “La Voz de Guipúzcoa”, le renommé Juan Usabiaga y Lasquibar (1). Mais ils n'étaient pas des républicains au parti pris, car mon père bien que membre su Syndicat des Cheminots de l'UGT, il ne militait dans aucun parti politique.

J'ai été à l'école libre jusqu'à l'âge de dix ans et à 12 ans je passais un concours à la Mairie d'Irun en vue d'obtenir une bourse d'études. J'ai réussi mon concours et j'ai fait cinq ans d'Ecole de Commerce. Le Professeur d'allemand, fondateur du Deportivo de la Corogne (Equipe de football), je me souviens, nous fit un laïus. Quand il en eut terminé, je lui ai demandé: C'est fini? et je quittais la classe avec sept de mes camarades. C'est à dire, bien que je n'avais aucune inquiétude politique, que le sujet commençait à m'attirer. Un des élèves qui sortit de la classe avec moi était anarchiste, fils du Chef de la Police Municipale de Saint Sébastien (2). Il avait pour habitude de commettre des hold-ups les weekends pour fortifier ses nerfs et le lundi suivant, el nous fasait part de ses états d'âme.

A la proclamation de la République, le 14 avril 1931, j'avais quinze ans et j'étais en deuxième ou troisième année de Commerce. Je suis allé avec mon père au Pont International accueuillir Miguel de Unamuno ou une autre figure politique qui venait de France. J'ai participé à la grande manifestation qui a eu lieu, ainsi qu'à la suivante en solidarité envers un groupe de républicains, socialistes, anarchistes qui en décembre 1930 avait pris d'assaut le Gouvernorat Civil de Saint Sébastien (Préfecture) comme action parallélle au soulèvement de Jaca et qui ensuite avait fui vers la France. Certains étaient d'Irun et l'un dentre eux qui était planqué chez lui était apparu au balcon et acclamé par le foule. Mes premiers pas dans le domaine politique je les donnais en 1933, lorsque la CEDA (Droite) emporta les élections législatives de novembre 1933. J'ai connu Ramón Ormazabal, devenu après Secrétaire Général du PCE (3), nous lui donnions le sobriquet de Ramonchín ou le moine et qui insistait pour que je prenne la carte du parti. Au début, je me dérobais, mais à la fin, à la suite de ses dires et de mes propres inquiétudes, je m'affiliais.

A Irun, au PCE, nous n'étions pas nombreux: à savoir,Ramón Ormazábal, Cristóbal Errandonea et son frère José, un certain Trubia, qui était beaucoup plus homme d'acction que politique, Cándido Pujol, Agapito Domínguez, Macías, la famille Aguilar, deux frères et une soeur, puis moi-même. D'autres vinrent après: Jesús Carreras, Tomás Zubizarreta... si bien la rèritable expansion eut lieu au cours de la Guerre Civile avec des gens qui provenaient de la JSU (Jeunesses Socialistes Unifiées).

Je faisais partie du Comité de la Jeunesse Comuniste, sous la présidence de Pujol et je vendais le journal “Euskadi Roja”. J'ai fini mes études de Commerce et j'ai commencé à préparer le Professorat de Commerce à Saint Sébastien. L'ambiance, à l'époque était très crispée à cause d'une crise dans le secteur des Douanes du fait que les bureaux avaient été transférés à Madrid, et la Fraternité qui était une association d'employés des Agences de Douane avait lancé un ordre de grêve. Lors de la Grêve Générale de 1934, nous nous réunissions dans une villa à l'entrée d'Irun avec José Errandonea. Nous rédigios un manifeste que nous polycopions et nous distribuions les tracts dans les rues et places de la ville. Les camarades Domínguez et Pujol furent reconnus et les plaintes commencèrent à affiser. Tous les deux furent incarcérés jusqu'à la victoire du Front Populaire en 1936. Moi, n'ayant pas été identifié, j'ai eu la chance de ne pas être inculpe pour cette affaire.

Etant donné qu'à l'époque les Asturies subis saient un terrible répression, Cristóbal Errandonea m'indique que puisque la Police ne me connaissait pas et que j'allais tous les jours poursuivre mes études à Saint Sébastien, il me fallait faire la liaison avec ceux qui étaient dans le besoin de fuir vers la France. Des Asturiens essentiellement, un étudiant portugais, le plus célébre, Paco Galán, le frère de Fermin, héros du soulèvement républicain de Jaca... Je ne refusais jamais car j'étais convaincu. On me fournissait un mot de passe: Va à l'église de Sain-Ignace et là-bas tu verras trois personnes avec tel journal à la main droite. Ils suivaient sans dire mot et le les conduisais jusqu'à Irun où un camarade sûr les prenaient en charge, un certain Zubizarreta, tué au maquis par les allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il les conduisait jusqu'à la ferme Manteca où el falait payer 100 pesetas par tête pour passer en France

La defense d'Irun à San Marcial

La defense d'Irun à San Marcial

Lors de l'un des voyages, j'ai été capturé. Je n'ai jamais su pourquoi. J'etais dans le tramway et à son départ il n'y avait plus moyen de fuir, la Police était là et on nous a arrêté. Nous étions cinq, quatre fuyards et moi. Mais ils n'ont arrêté qu'un seul des fuyards celui avec le quel j'avais parlé, un asturien qui, par la suite fut Député, Juan José Manso. Il nous était interdit de parler entre nous, j'ai donc mal agi. On nous a mené au Commissariat d'Irun, Manso et moi. On nous pressait de questions et moi je faisais le débile. Ensuite on m'a envoyé à la prison d'Ondarreta et puis de là, aux Asturies.

J'ai passé un mois à Oviedo, novembre ou décembre 1934 parmi des mineurs, l'ambiance était terrible. Pendant la durée du voyage, Manso me disait: ¡Mon gars, te voilà dans un sacré pétrin! J'avais alors 18 ans. Fait assez curieux les lettres qui nous parvenaient à la prison n'étaient pas censurées et j'ai donc demandé à Zubizarreta qu'on m'envoie le “Mundo Obrero” à la prison. Enfin, le juge, un capitaine de la Légion m'appelle à déposer et me demande à propos des fusils. Et moi, avec une peur atroce: Je ne suis pas d'ici, je suis d'Irun. J'ai été battu à deux reprises, avec des frappes pas très fortes mais avec force coups de pieds. A la fin, convaincu de mes dires, el téléphonerait à Irun et puis la liberté. Cette confusion m'a sauvé car si j'étais resté ici, j'aurais été jugé sous le chef de franchissement illégal de frontière et j'aurais croupi en prison jusqu'en 1936.

J'ai repris à nouveau mes activités. En juin 1935, je me suis déplacé à Madrid au Congrès de FUE (Fédération Universitaire Espagnole) en tant que Délégué de Saint-Sébastien. Le Congrès avait lieu au siège de la Cie. des Téléphones. Là, et tout à fait par hasard je suis tombé sur Isidoro Navarro, ami intime d'enfance et de feunesse, fils du Président de la Izquierda Republicana de Irun. Tout en prennat un café, el me dit: Jusqu'au triomphe de la Phalange il n'y a rien à fair. ¡Merde! Nous nous sommes dit adieu de la pire des manières. A la fin de la guerre il a été nommé Chef de l'un des camps de concentration sur la côte Est (Levant). Il m'a accusé faussement des exécutions du Fuerte Guadalupe et de l'incendie d'Irun et il a même signifié à ma mère: Dominica, dites à Marcelo que cette fois-ci il ne s'en tirera pas. Ces propos étaient tenus par quelqun qui avait fréquenté ma maison et avec lequel je jouais au ballon ou nues sortions danser avec les filles.

En ce qui concerne la relation avec la Phalange, du temps où j'étais prisonnier à Oviedo il est arrivé quelque chose de curieux. Ces phalangistes étaient peu nombreux à Irun mais ils disposaient d'une permanence leur chef avait pour nom Zarandona. ¡Eh bien l'un d'eux avait réussi à infiltrer le PCE (Parti Communiste Espagnol)! Un photographe avait commenté qu'on lui avait permis de développer plusieurs négatifs sur l'entraînement aux Trois Couronnes de tires au pistolet par les phalangistes. Nous avons mené une enquête et sur l'une des photos ¡apparaissait un de nos camarades appelé Galera membre du Comité à la Jeunesse, le bras en l'air! Il fut convoqué à une réunion dans un endroit reculé et on lui demanda de prendre sur lui toute documentation du Parti en sa possession. Il finit par a vouer et fut expulsé du PCE.

J'ai été arrêté de nouveau, cette fois-ci trois jours seulement parce que nous avions eu une échauffourée avec un vendeur de “Arriba”, Organe de Presse de la Phalange, et nous avions mis le feu à son journal (4). Fin 1935 au début 1936 on commença à organiser les Milices Antifascistes Ouvrières et Paysannes, les MAOC, à Saint Sébastien et nous envisagions de les étendre à Irun. A la fin de mes études, je devins Professeur Commercial mais il n'y avait pas de travail. J'ai été élu en tant que Secrétaire du Syndicat des Métiers Divers de l'UGT (Union Génerale du Travail), car la Fédération des Syndicats Autonomes de filiation communiste avait décidé de fusionner avec le Syndicat socialiste du fait de notre force très relative à l'époque. Et à l'occasion d'une Assemblée, je fus élu Secrétaire.

Le soulèvement

A la suite de la victoire du Front Populaire, la situation était très tendue. Lors des fêtes de San Marcial, la veille de Sait Pierre, lors d'un défilé nous avons entendu plusieurs coups de feu. C'était envore Galera qui avait tiré et blessé plusieurs de nos camarades. Nous avons donc organisé une manifestation, il était même question de supprimer les fêtes, mais Cristóbal Errandonea nous a convaincu du contraire. Nous sommes allés au Commissariat en vue d'exiger la détention inmédiate de Galera et devant nous le commissaire a téléphoné au Préfet de Saint Sébastien pour être bien sûrs qu'il serait arrêté. Le coup du 18 juillet Galera était toujours incarcéré à la prison d'Ondarreta et il y fut éxécuté.

C'est bien là qu'on a vu tout de suite le doigté de Manolo Cristóbal Errandonea (5). Il était chauffeur de txi mais possédait une grande connaissance de la statégie militaire, j'ignore d'où cela pouvait être issu. Tout de suite, il nous a organisé en groupes et nous conduisit vers la montagne parcequ'on sávait que les réquétés de Navarre n'allaient pas tarder à venir. Nous avons réquisitinné le local de la Fraternité et répartis les fusils de chasse pris dans une armurerie qui se trouvait place des Fors. Nous disposions aussi de quilques pistolets que j'avais passé en contrebande depus la Manufacture d'Armes d'Hendaye sur la demande du Comité de Liaison entre les Jeunesses Comunistes et les Jeunesses Socialistes. Mais nous n'avions ni fusils de querre ni pas même une seule mitrailleuse

Nous sommes donc partis vers la Navarre, par le mont Saint Martial équipés de nos pistolets et de nos pétoires. Nous n'avons rien vu. L'idée que nous nous faisions de la guerre était plutôt enfantine. J'avais entendu parler des fils de fer barbelés et je croyais qu'il s'agissait de tendre un fil entre deux arbres. L'action dont je me souviens comme la plus remarquable ce fut, rue de la Douane, j'ignore qui en eut l'idée, ils avaient transformé un camion avec des plaques de blindage sur les côtes. Le camion est passé face à notre permanence de La Fraternité. Il fallait aller à la prise de Vera de Bidasoa tous de suite. Manolo Cristóbal était sur les lieux et il portait des cartouchières. Nous prîmes le camion et 4 ou 5 voitures, nous étions 25 en tout. Une quinzaine montés sur le camion blindé jusqu'à Vera (6). Imaginez le peu d'idées que nous possédions à propos de la guerre nous pensions que nous étions à l'abri alors que nous n'avions pas de toit et la route va collée tout le trajet entre le fleve et la montane où nous étions à portée de tir. Nous avons traversé le pont d'Endarlaza et sommes arrivés à Vera. On n'y décelait rien de suspect. Nous nous sommes arrêtés à l'entrée du village et nous nous sommes dit: ¿et maintenant que fait-on? Peu après est arrivé Manolo Cristóbal et je crois bien qu'el était accompagné du Lieutenant- Colonel Ortega (7) qui par la suite fut nommé Préfet du Guipuzcoa.

Cristóbal nous dit: ¡Allez, on va prendre la caserne de la Guardia Civil! La caserne se trouvait sur les hautoues du village, nous nous séparâmes en deux groupes et moi par chance je n'en fis pas partie. Ceux qui revinrent peu après nous informèrent que la Guarde Civile s'était rendue. Le camion était arrêté sur la route avec un groupe de personnes tout autour et Manolo discutait avec des gens du village. ¡Vite en arrière vers le pont d'Endarlaza mais du côte d'Irun!. Nous avons traversé le pont et avons établi une position de défense. C'est là qu'il nous a tout expliqué: Sachez ce qui se passe, les réquétés étaient à Echalar et ils arrivent sur Vera. Plus tard nous sumês que les réquétés qui entraient dans Vera avaient été informés que les rouges étaient là encore et ils prirent leurs jambes à leurs cous et s'enfuirent. C'est authentique, j'ignore la date exacte, le 23 ou le 24 juillet. Nous laissâmes Vera de Bidassoa et ceux qui y retournèrent ce fut pour y mourrir, car les prisonneirs étaient fusillés par les rebelles dans les carrières du village.

Nous trouvant derrière le pont d'Endarlaza d'autres renforts vinrent d'Irun et nous y établimes des positions de défense. Il fallait faire sauter le pont. Trubia, un de mes amis fut le dernier à périr à la dárense d'Irun c'etait un mineur asturien, un type d'action et connaisseur du maniement de la dynamite, il prépara la charge et le pont sauta. Du fair de cette action, l'offensive ennemie fût stoppée momentanément.

Les jours suivants nous parcourumes les montagnes en attendant les navarrais (8). Nous fûmes à Saroya, San Martial, Zubeltzu... Du point de vue stratégique, l'ennemi se faufila par le côte Sud des Trois Couronnes, par le ravin jusqu'à Oyartzun, essayant de faire liaison avec les Casernes de Loyola où les militaires soulevés résistaient toujours. Cristóbal nous fit venir et nous dit qu'il fallait constituer un groupe sûr.

- ¿Que se passait-il ? - On avait perdu Erlaitz. - ¡Malédiction...! - Il faut reprendre le fort d'Erlaiz. Il devait être 6 ou 7 heures du soir et la nuit tombait à 8 heures. On nous a fourni des armes et c'est alors que j'ai eu un fusil de guerre pour la première fois et j'ai essayé de faire marcher la culasse mobile. Jusqu'alors je ne connaissais que les fusils de chasse et les pistolets automatiques. Cristóbal, qui était le chef réunit un groupe d'une dizaine à l'usine électrique. Il nous serina qu'il était indispensable de reconquèrir Erlaitz (9). Nous nous avions des doutes. Nous, tous seuls serions capables de reprendre le fort? - Oui, oui, il faut le faire par surprise sans ça, rien à faire. Ils nous l'ont pris ce matin à l'aube et désormais el leur appartient.

Cette nui là, nous avons très mal dormi et etions très nerveux à la ferme Arrisulta. Au petit matin au réveil, Cristóbal nous a dit: ¡Ne pas faire de bruit ! Et au cas où vous entendriez des sonnailles, ne vous y fiez pas, ce ne sont pas des agneaux. Ce sont les réquétés qui portent sur eux des sonnailles pour se faire passer pour des agneaux. Nous sortîmes le fusil à la main en marchant lentement nous avons mis du temps à arriver. Quand nous étions près de la tranchée nous montâmes à l'assaut. Il n'y avait personne. Les assiettes du dîner étaient disposées sur une table et tout autour il y avait 6 ou 7 adavres, ils avaient été poignardés. Il faut croire que les navarrais les avaient surpris vers 1 heure du matin et les avaient pognardés à mort et ils s'en étaient allés sans prendre le temps de couper les fils du téléphone. Cristóbal sémpara du téléphone et appela le Front Populaire d'Irun et ces derniers n'en revenaient pas: Oui, c'est bien nous, Envoyez des renforts tout de suite. Deux heures plus tard les renforts arrivèrent et nous fûmes relevés.

En nous repliant d'Erlaitz, l'un d'entre nous eut une idée tellement saugrenue qu'elle lui coûta la vie. Nous revenions vers Irun et Agapito Dominguez nous commenta qu'el voulait faire un saut à la position de Pikoketa. Nous essayames de l'en dissuader: Que nous avions passé une bien mauvaise nuit et que nous étions toujours tendus avec l'occupation d'Erlaitz . Et Cristóbal: ¡Va te reposer, tu auras largement le temps d'aller à Pikoketa! Mais il nous répondit que Mercedes était là-bas. Mercedes López était sa compagne, camarade communiste qui était partie avec les miliciens et parmi eux, mon frère. Nous nous séparâmes au carrefour du chemin et il fut fusillé. De même que nom frère et les 17 défenseurs de la position. Ce fut trgique. Ils furent pris d'assaut à l'aube et ils commirent l'erreur de se réfugier dans la ferme. Seuls eurent la vie sauve ceux qui dévalèrent la montagne, entre eux, Alejandro Colinas, lequel, planqué derrière un buisson vit comment tous ses camàrades furent fusillés. Plus de info

Notre quartier général était établi au casino d'Irun. Il y avait là Margarida (10), Lieutenant-Colonel, garde d'assaut (Gardes mobiles) qui était à la tête de la défense de la ville et qui avait remplacé Ortega. A Orim, PSOE, PCE, et anarchistes agissions de concert, sans anicroches politiques dont je puisse me souvenir. Nous avions installés les réfectoires au sous-sol et nous allâmes prendre le petit déjeuner. Nous étions nombreux et je ne me souviens plus très bien si à moi ou à un autre il lui arriva de faire tomber par terre son pistolet automatique. Du fait de la chûte de l'arme, un coup partit et me toucha à la jambre. Heureusement la balle ne sectionna pas le tendon ni me causa une blessure grave. On m'évacua vers la Croix Rouge où je fus hospitalisé. Ce fait me sauva la vie trois ans plus tard.

Quand j'etais étudiant j'avais fait du vélo et lors d'une course cycliste à Astigarraga, j'étais deuxième et lors d'une pente je souffrais à tel point que j'ai perdu connaissance. J'ai donc perdu la tête et j'ai souffert de bruleures qui atteignaient l'os. J'ai passé la ligne d'arrivée et étais envoyé à la Croix Rouge et j'ai mis du temps à tuerir de mes plaies, trois ou quatre mois car les blessures étaient infectées. Et là j'ai connu une nonne qui m'a pris en affection, j'ignore pourquoi, mais quand il fallait que je baisse mon pantalon, étant timide de nature, j'avais honte. Cette même nonne était de service avec les médecins de la Croix Rouge et lorsque je débarquiais là avec ma blessure par balle elle m'a reconnu. Grâce à la bienveillance de cette nonne je sortais de l'hôpital et j'allais au casino en boitant quelque peu et je menais ma vie comme je le pouvais. Comme je l'ai dit précedemment, lors de la fin de la guerre j'ai été arrête à Valence, j'ai dû faire face lors de mon procès à une plainte m'accusant d'avoir pris part aux exécutions et aux incendies d'Irun. Et ce en plus d'être communiste. Seul cette dernière qualité était vreie, je voyais mon avenir bien sombre car à Valence à la fin de la guerre on fusillait pour un rien.

Je disais au jege que je n'avais pas pu prendre part à ces actes d'accusation parcequ'à l'époque des faits, j'étais blessé et interné à l'hôpital. Et lors du troisième ou quatrième interrogatoire, quand je me croyais perdu parceque le juge ne me croyait pas, je lui ai dit. C'est une nonne qui s'est occupée de moi et le juge de dire: Nous allons voir si vous dîtes vrai, mais ci ça ne l'est pas... Il lui a adressé un courrier. La nonne lui répondit et le juge me donna raison, qu'en effet, aux moments des faits, j'étais bien alité à l'hôpital. C'est donc ainsi que l'acte d'accusation fut retiré et j'évitais dès lors le poteau d'exécution.

En fait on ne m'accorde pas de permis de convalescence. Bien que blessé, je tâchais de participer activement à la défense de la ville. Je dormais à la Croix Rouge et le jour j'allais au casino. Etant donné que je n'étais pas apte au combat et que je ne pouvais aller au front, je fus intégré au Commissariat aux Transports, au premier étage du casino, j'étais en charge du transport des troupes. Je demandais qu'on m'apportât la documentation de la JSU de l'endroit où nous la gardions à la gare du nord. Margarida, par le biais de Cristóbal Errandonea m'enoya avec un camion au fot de Sanit Marc à Renteria pour ramener deux ou trois cannons que nous avions là-bas. Il m'ordonna de ne pas passer par Gantxurisketa, c'est à dire par la N-1, mais plutôt d'emprunter une route secondaire de Lezo, car la N-1 était battue depuis Oyartzun. C'est lors de ce déplacement que je compris qu'on risquait d'être coupés de Saint Sébastien. A Saint Marc ils refusaient de me remettre les cannons mais à la fin ils me les remirent et nous les apportâmes en renfort à Erlaitz. Les navarrais approchaient (11).

Ramon Ormazabal

Ramón Ormazabal

La débacle

Finalement la situation empira tellement que Margarida (12) fit appeler un représentant de chaque parti politique à la Mairie où siegeait le Front Populaire. Il nous annonça: Messieurs, chaque parti politique va devenir responsable de la tenue d'une position clef de la défense d'Irun. Je ne veux pas entendre le mot de retraite. Soit vous mourrez sur place ou...mais ne revenez pas ici. Les positions furent tirées au sort et ce fut celle de Puntxas qui me fut attribuée. J'ai pris la route vers Endarlaza jusqu'au quartier de Béhobie, juste à còté de la caserne des carabiniers. En haut, sur un tertre se trouvaient les parapets avec pas mal de gens et deux mitrailleuses. La voture me déposa et je le leur dis: Je viens du Front Populaire d'Irun. Le Comité de Guerre m'a donné l'ordre de ne pas faire de repli. Eux, par contre, disaient qu'au cas où l0ennemi attaquerait avec des forces supérieures il faudrait se replier. J'ai insisté: Vous ne pouvez pas vous replier, si vous le faites, je serai liquidé, donc, moi, je reste ici et je n'en bouge pas. La chance me fut favorable et ce jour-là, l'ennemi n'attaqua pas en force. Le lendemain ils attaquèrent à nouveau et encore après. La position supporta bien l'assaut et personne ne se retira du front. Le surlendemain, des ordres parvenus d'Irun nous signifièrent de rentrer. Margarida nous félicita: On s'est bien défendu.

La ville était perdue dès lors que l'ennemi occupa le mont Saint Margial, ces combats sont très connus. Le 4 septembre on vit que tout était perdu (13) et à la Mairie on nous indique qu'il n'y avait plus rien à faire. Avec Saint Martial aux mains de l'ennemi de mauvaises nouvelles nous parvinrent de Béhobie, une des voies de fuite vers la France. C'est là que Trubia fut blessé, el avait été atteint par une balle sur le parapet de défense et mourût à l'hôpital de Bayonne.

L'ambiance était au plus bas: ¡c'est la fin! Nous jetions les carnets et les pitolets. Il y avait un gars qui s'appelait Martin Ojas, tout juste inscrit à la Jeunesse Comuniste, el était chauffeur et il y avait une voiture. Je lui dis: Martín, nous allons charger tout ce qu'el y a de documentation car nous filons sur Fontarrabie. Il devait être 8 ou 9 heures du matin du 4 septembre. Nous partîmes donc pour Fontarrabie. Il y avait un cinéma où s'était concentré un groupe de gens venu de Saint Sébastien pour décider de faire quelque chose. Parmi eux, Jesús Larrañaga (14), qui fut Commissaire Général de l'Armée. Bien qu'el s'agissait de l'une des grosses têtes su PCE nous nous connaissions à peine, je l'avais vu à plusieurs reprises à Saint Sébastien. Il se tenait debout sur un camion en donnant des ordres pour monter vers de Fort de Guadeloupe pour y établir une position de défense de manière à empêcher les rebelles de faire route vers Saint Sébastien.

J'ai donc dis à Martin: Allez vers Guadeloupe. Nous montâmes dans la voiture. Nous entrâmes dans le fort qui était fermé à clef. Il n'y vait plus de gardes et je n'ai vu personne, quiqu'on disait que des prisonniers s'y trouvaient encore (15). Dans le groupe la tension montait les gens se posaient des quistions. C'est ici que nous allons nous installer alors que c'est un piège à rats. Larrañaga était parti et un certain Eguia que je connaissais assez car il était le chef des MAOC, l'organisation pseudomilitaire du PCE et il était venu plusieurs fois à Irun pour organiser, el prit donc le commandement. Nous ne pouvons rester ici nous allons passer par la montagne vers Saint Sébastien car si on reste ici on tombe dans un cul de sac. Allez on y a. Il a été tué à Bilbao. La plus grande partie du groupe opta pour aller vers Saint Sébastien alors que Martin et moi nous redescendîmes à Fontarrabie pour tenter de gagner Irun.

Il devait être 4 ou 5 heures de l'après-midi. Avant d'entrer à Irun, nous rencontrâmes des miliciens qui nous dirent qu'ils appartenaient à la CNT et à la FAI. Où allez-vous? nous étions nombreux, assez impressionnant, nous allons à Irun. ¡On ne passe pas, dehors! Si bien à la fin ils nous laissèrent passer nous ne pûmes y arriver car il y avait un incendie (16), tout était désolé, couvert de fumée. Nous rebroussâmes chemin vers Fontarrabie y prêmes une barque à plusieurs et nous passâmes en France.

En France, ce fut rapide. Je me souviens que j'observais depuis Hendaye l'incendie d'Irun en compagnie d'une amie qui travaillait comme serveuse. Si bien je ne savais pas où se trouvait ma famille, j'avais des oncles à Bayonne et je pouvais recourrir à eux. La blessure du pied avait empiré et j'avais mal. J'ai été envoyé à l'hôpital de Bordeaux. J'y restais 4 jours et m'en échappais. Je ne pouvais rester au lit, je n'ai pu le supporter et puis je m'en suis en allé. J'ai pris un train et je suis parti pour Barcelone. Là-bas, j'ai rejoins ma famille qui avait eté évacuée à Barcelona comme tous les cheminots.

De là-bas, avec le bataillon Ramón Casadellas de Barcelona, j'ai rejoins le front de Madrid. Après j'ai fait partie de la Brigade Basque de la capitale. Le "No pasarán" dans les rues, voir le film “Chapaiev” au ciné Capitole et de poser la question au voisin d'à côté, si le son du canon venait du dehors ou bien du film. La bataille de Madrid a été terrible. Il fallait être là pour le voir. Et de nouveau la France via Bilbao. Toute la campagne du nord, sur le front nord d'abord avec le bataillon Rosa Luxemburgo et ensuite au bureau exécutif de la JSU lorsqu'il fallut la reconstituer parcequ'à Bilbao lors d'une réunion un obus de 150 mm qui tenait lieu de trophée au siège de la JSU fit explosion. Mais ça, c'est une autre histoire.

Notes:

  1. Juan Usabiaga Lasquibar (1878-1953), homme politique républicain, fils du fondateur du journal “La Voz de Guipuzcoa”. A souligner que tout au long de sa longue carrière politique il devint Ministre de l'Agriculture.
  2. Il s'agissait de Antxon Vivar. En juillet 1936, son père prit part au coup d'état militaire alors que le fils combatît dans les rangs anarchistes. Manuel Chiapuso a écrit dans son libre “Les anarchistes et la guerre en Euskadi” qu'apprenant la mort de son père el se retire du groupe pour cacher son chagrin. Il revint el nous dit: Il est mort comme un brave en déefendant sa peau comme il se doit.
  3. Ramón Ormazábal Tife (1910-1982). Dirigeant historique du PCE. Il participa à la Junte de Défense de la Bizkaya et dirigea le quotidien “Euzkadi Roja”. Arrêté à Alicante en 1939, il réussit à fuir la prison de Valence et s'exila en Amérique.
  4. Il s'est agi, peut-être, d'un incident avec l'étudiant phalangiste Fernando León Alcayaga. Le 20 février 1936, Fernando Leon eut une nouvelle altercation au cours de laquelle il fit feu sur ses agresseurs.
  5. Manuel Cristóbal Errandonea, ancien chauffeur de taxi, prit le comandementdu bataillon Rosa Luxembourg après la bataille d'Irun et ensuite la VIème Brigada. A la chûte du front nord, el commanda la II Division, en faisant preuve de grandes capacités de commandement. Fait prisonnier dans la région du Levant (Valence) à la fin de la guerre il réussit la belle lors d'un transfert et gagna la France.
  6. Cette action a eu lieu le 20 juillet. La veille, le milicien anarchiste Nicasio Pedrosa avait été tué, notre toute première perte au combat durant la campagne. En fait, le déttachement de carabiniers de Vera de Bidassoa ne s'était pas joint au soulèvement et il contrôlait l'endroit. Sur le repli des miliciens après le pont d'Endarlaza, le journal “Frente Popular” du 30 juillet qu'el se produisit "par la trahison de la Garde Civile de Vera et du Lieutenant de Carabiniers du poste d'Etxalar, lequel après être accouru à l'appel de la colonne, el retourna chercher les forces et passa du côtés des séditieux avec ses hommes" ce qui obligea les républicains à abandonner les lieux. Le lendemain, ils firent sauter le pont sur la Bidassoa de manière à stopper l'avance des rebelles.
  7. Antonio Ortega, sous-officier des carabiniers en poste à la Douane d'Irun, fut nommé le 6 aôut 1936, Préfet du Guipuzcoa, à la place du démissionnaire Artola Goicoechea. En juin 1937, el fut nommé Directeur Général de la Sûreté. A la fin de la guerre il commandait le Troisième Corps d'Armée. Fait prisonnier à Alicante, el fut passé par les armes en 1939.
  8. Au début, le Général Mola n'avait pas entrepris de grnads préparatifs sur le Guipuzcoa, croyant que le coup d'état triompherait et que cela rendait innécessaires les opérations militaires. Quand il fut clair qu'el y aurait la guerre el chargea le colonel Beorlegui de porter assistance aux soulevés de Saint Sébastien (La garnison se rendit le 28 juillet) et de prendre Irun, coupant ainse la frange cantabrique républicaine de ses communications avec l'étranger. Beorlegui s'incorpora au front de Vera de Bidassoa le 21 juillet. A la fin de ce mois, ses effectifs étaient de 2000 hommes: des volontaires carlistes et des troupes régulières du Régiment Amérique qui tenait garnison à Pamplona.
  9. Le plan de défense répulicain du Guipuzcoa était constitué par une série de fortifications construites en prévision d'une guerre contre la France, certaines à l'abandon. Une première ligne de fortins et de tranchées (Pikoketa, Gorostiaga, Erlaiz y Pagogaña) allait depuis les Trois Couronnes (821 mètres) jusqu'au pont détruit d'Endarlaza. Une deuxième ligne était constituée des positions de Puntxas, San Marcial, Zubeltzu, Guadalupe, Saint Barbe et Saint Marc. Les défenseurs étaient des miliciens marxistes et anarchistes avec des gardes civils, carabiniers et quelques gardes d'assaut. Courageux certes, mais mal organisés, très peu disciplinés et manquant de cadres. Le problème essentiel était celui de la rareté de fusils et de munitions: le 6 aôut il ne restaient que cent cartouches para combattant.
  10. Manuel Margarida Valdés, lieutenant des Gardes d'Assaut avait commandé précedemment le secteur de Astigarraga-Rentería. Défini selon le journal “Frente Popular” comme courageux, loyal, prudent, astucieux et grand stratège pour lequel ils n'existait rien d'impossible, déserta à Hendaye craignant les représailles des miliciens asturiens. Ces derniers l'accusaient d'avoir dirigé les tortures au couvent des Adoratrices d'Oviedo lors de la révolution de 1934. On disait qu'il se servait d'un phonographe poussé à fond pour couvrir les cris et plaintes des prisonniers.
  11. Le 11 aòut la position de Pikoketa fut prise par les navarrais lors d'un assaut exécuté à l'aube après une marche nocturne. Le 15, la colonne du Colonel Ortiz de Zarate prit, se servant de la même tactique, les positions de Erlaitz et de Pagogaña en perdant 65 hommes dont le Colonel.
  12. Le mont Saint Martial, de forme oblongue et de 220 mètres de hauteur, à 3 Kms de Irun constituait la dernière ligne de défense de la villa. Il avait été fortifié de façon très sommaire avec des tranchés et des fils de fer barbelés. Les canons lourds des forts de Guadalupe et de Saint Marc essayaient tant bien que mal de contribuer à sa défense, mais le défaut d'officiers artilleurs suffisament compétents rendaient nuls la plus part des coups. Depuis le 26 août Saint Martial résistait aux attaques frontales et aux bonbardements par l'artillerie et l'aviation. Les assaillants étaient des volontaires réquétés, la légion des unités de goumiers, des centuries de la Phalange et cinq chars italiens. A la fin, le 2 septembre, à trois heures de l'après-mmidi les rebelles conquirent le mont.
  13. A l'áube du 4 septembre les rebelles occupèrent le quartier de Béhobie et le pont qui communiquait avec la France. Le lendemain ils entraient dans Irun incendiée et pavoisèrent du drapeau bicolore et du navarrais la mairie.
  14. Jesús Larrañaga Churruca. Né à Urretxu, il étudia chez les jésuites au Séminaire de Xavier d'où il fut expulsé pour cause de désobéissance. En 1927 el adhéra au PCE. Commissaire de Guerre à la Junte de défense du Guipuzcoa, el occupa plus tard plusieurs postes de haute responsabilité au sein de l'armée républicaine. Exilé en Amérique, le PCE lui ordonna de rentrer en Espagne pour mener des tâches dans la clandestinité. Arrêté au Portugal en octobre 1941, el fut extradé vers l'Espagne et fusillé le 21 janvier 1942.
  15. Il y avait près de 170 prisonniers dans le fort. On en fusilla 17, certains dáputés de droite tels que Joaquín Beunza et Honorio Maura. Dans le courant de l'après-midi du 5 septembre, 156 prisonniers s'enfuirent par une porte cachée grâce à une clef que leur avait donné un des miliciens qui étaient de garde.
  16. L'incendie d'Irun fut causé par des miliciens anarchistes qui faisaient retraite

Bibliographie:

CHIAPUSO, M.: Les anarchistes et la guerre en Euskadi.- Abarka, Andoain, 2003

MARTÍNEZ BANDE, M: Neuf mois de guerre dans le Nord.- San Martín, Madrid, 1980.

TALÓN, V.: Mémoire de la guerre en Euzkadi.- Plaza&Janés. Barcelone, 1988.